A quel point Meloni est-elle dangereuse pour l’Europe ?

Par Alexandre Berthier

En septembre 2022, une coalition constituée de partis d’extrême-droite et de conservateurs remportait les élections législatives en Italie. Cela a constitué une véritable onde de choc pour les démocraties occidentales car pour la première fois depuis 1946, un parti d’extrême-droite accédait au pouvoir. L’inquiétude était si grande que la cheffe de la commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est proposée comme présidente de l’Italie  au cas où la politique de cette dernière s’éloignerait du chemin démocratique.

Première femme à diriger un gouvernement aux origines néofascistes, Giorgia Meloni a été élue sur la base d’un discours populiste et souverainiste. Sa promesse : un avenir identitaire, pour un peuple de gens ordinaires. Ce faisant, elle considère que le pouvoir de décision exclusif devrait être seulement l’affaire de l’Italie et s’insurge contre l’influence de l’Union européenne.

La virulence de sa politique a suscité de vives inquiétudes au sein des démocraties européennes. La revue allemande Stern l’a d’ailleurs caractérisée comme étant « la femme la plus dangereuse d’Europe », cela avant qu’elle ne remporte les élections parlementaires. Les démocraties européennes voyaient en particulier la politique financière et la politique migratoire comme menacées. Son gouvernement a cependant opéré un virage politique notoire, s’inscrivant dans la lignée politique de la droite conservatrice. Dès lors, on peut se demander quelles sont les raisons de cet éloignement entre discours populiste et pratique politique.  

Premièrement, l’Italie est confrontée à de nombreux défis économiques : tout comme la Grèce, le pays fait face à une dette publique considérable ; celle-ci atteint près de 142,9 % de son produit intérieur brut, ce qui en fait la deuxième plus grande dette publique de l’Union européenne. Or, dans un contexte où les taux d’intérêt ont considérablement augmenté, le pays se retrouve davantage fragilisé. L’inflation, qui frappe durement le pays en raison de sa dépendance énergétique au gaz, met à rude épreuve sa dette et ses finances publiques. L’économiste Raul Sampognaro souligne que « face à une hausse des taux, il peut y avoir un effet boule de neige », que le pays emprunte de plus en plus pour rattraper son déficit, l’obligeant à emprunter à des taux toujours plus élevés.

Dans ce contexte, « Giorgia Meloni a dû opérer une conversion européenne forcée. L’Italie a besoin de Bruxelles et de ses fonds », souligne la journaliste Anna Bonalume. Il est prévu que le pays reçoive un financement à hauteur de 200 milliards d’euros, sous forme de subventions et de prêts. Ces fonds seront essentiels pour combler les déficits structurels majeurs de l’économie italienne, qui est sujette à une productivité et une croissance économique particulièrement faibles. Ainsi, ces subventions sont « une opportunité unique pour la relance de l’Italie, pour surmonter les inégalités territoriales, de genre et générationnelles qui pèsent sur le pays » avait déclaré Mario Draghi, l’ancien chef du gouvernement.

Néanmoins, ce financement est conditionné à diverses exigences : le gouvernement doit en effet respecter une liste de 27 engagements établis par la Commission européenne. Giorgia Meloni est ainsi « contrainte de lancer des réformes pour percevoir les ressources européennes dont elle a besoin et de négocier chaque tranche avec Bruxelles ; Meloni a très peu de marge de manoeuvre, elle est obligée de jouer la carte de la normalisation », rapporte le journal Les Échos.

Face aux enjeux complexes de la politique économique, les stratégies culturelles et sociales constituent néanmoins un autre aspect important de la réflexion populiste. Dans ses discours, Giorgia Meloni se distingue par sa volonté de promouvoir les valeurs traditionnelles de la nation, et ce, notamment à travers la promotion et la protection du patrimoine culturel ainsi que par la maîtrise de l’immigration.​. Elle a récemment promis d’engager un gigantesque chantier de réformes, amorcé récemment parune politique de refondation des institutions culturelles du pays. La plus emblématique est la reprise en main de la radiodiffusion publique italienne (RAI), désormais placée sous l’autorité directe de ses plus proches collaborateurs et collaboratrices. Bien que le gouvernement ait toujours eu un monopole important dans le secteur audiovisuel public, l’initiative actuelle visant à réécrire un nouveau roman national suscite de nombreuses inquiétudes : « l’idée est d’avoir la main sur les programmes de divertissement, le choix des présentateurs, mais aussi sur la production de fictions afin de véhiculer les valeurs chères à la droite conservatrice : famille, tradition… », explique le sociologue Massimiliano Panarari.

La coalition gouvernementale de Meloni, composée de trois factions différentes au sein du Parlement européen, fait face à de nombreux points de divergences sur de nombreux dossiers importants tels que le conflit ukrainien, le budget et la politique migratoire. Ces différences pourraient engendrer de fortes tensions pour la campagne électorale et la formation d’alliances en vue des élections européennes de 2024.  Seul le parti Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, qui dirige le front conservateur, et son allié Antonio Tajani, leader de Forza Italia, ont évité tout contact avec le Rassemblement national de Marine Le Pen.  

En outre, les élections législatives du 15 octobre 2023 en Pologne ont mené à la victoire de la Coalition citoyenne de Donald Tusk, ancien Premier ministre polonais entre 2007 et 2014 et chef du Parti populaire européen (PPE). Pour les conservateurs européens, dont Giorgia Meloni, la défaite du PiS en Pologne représente un revers notoire, le PIS constituant le parti disposant du plus de sièges au sein de l’hémicycle européen. Son isolement est d’autant plus accentué par les revers de VOX en Espagne – autre allié important – ainsi que la défaite des populistes slovaques, qui devraient l’amener à se rapprocher de la droite traditionnelle. 

Cependant, dans le contexte géopolitique actuel, l’échec du gouvernement Meloni constituerait un revers majeur pour l’Union européenne car il impliquerait par là-même l’échec de l’Italie, l’un de ses plus grands membres. Il est vraisemblable que Giorgia Meloni continue de balancer entre rhétorique et réalité.

Les élections européennes constitueront donc un véritable indicateur pour la suite de son mandat. Tandis que la stratégie de Giorgia Meloni demeure incertaine, celle de Marine Le Pen reste purement spéculative.

À propos de l’auteur :
Alexandre Berthier

Étudiant en Histoire, passionné par l’histoire contemporaine et antique, Alexandre aime les défis en donnant le meilleur de soi-même dans tout ce qu’il fait. Il s’intéresse également à des sujets tels que les relations internationales ainsi qu’aux sujets d’actualité qui visent notamment le populisme en Europe, raison pour laquelle il a écrit cet article.

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